Justice : quand Guy Laliberté rêvait d’une poker room à Monaco

Partenaire fondateur du Club Pierre Charron, Éric Cicero a fait ses classes pendant près de dix ans sur le Rocher monégasque. C’est là-bas, au sein de l’organigramme de la Société des Bains de Mer, qu’il a progressivement grimpé les échelons pour endosser fin 2015 le costume de directeur du Casino Café de Paris. La romance a toutefois tourné court, un an plus tard, quand l’ancien croupier s’est vu notifier son licenciement pour insubordination.

L’intéressé ne s’en est pas laissé compter et a décidé de porter l’affaire devant la justice monégasque. Au printemps dernier, un tribunal du travail l’a néanmoins débouté de ses demandes de rappels de salaires et de bonus. En cause selon une dépêche AFP relayée par Le Figaro, un “motif valable” de licenciement. Une version alors battue en brèche par son avocate, fermement convaincue qu’Éric Cicero était devenu “particulièrement gênant” pour avoir refusé de fermer les yeux sur “des arrangements” souhaités au sommet de la SBM et de l’État actionnaire.

Quelques mois plus tard, le voile de mystère entourant cette affaire se dissipe sensiblement dans les colonnes du Parisien. Le journal rapporte en effet que le conflit opposant le salarié à sa direction trouve ses origines dans l’organisation du Monte Carlo One Drop Extravaganza, le fameux tournoi de poker à un million d’euros de buy-in parrainé par Guy Laliberté. De fait, c’est bien pour ficeler les détails de l’événement qu’Éric Cicero s’est envolé pour Montréal en octobre 2015. La discussion a cependant très vite achoppé sur un point précis : la requête par le milliardaire de l’installation d’une poker room pérenne en principauté.

Selon Éric Cicero, cette demande se heurtait à un problème de taille : le cahier des charges de la SBM lui interdisait de sous-traiter l’exploitation de ses jeux, si ce n’est pas le biais d’une filiale à 100 %. Or cette possibilité n’était pas du tout envisagée dans le projet Laliberté. Selon Le Parisien, l’idée était alors plutôt de créer une structure de pilotage dont le Québécois aurait possédé des parts. Éric Cicero a donc fait part de ses réticences. D’abord fin 2015 dans des échanges de mails, puis un an plus tard quand sa direction est revenue à la charge dans la foulée du Monte Carlo One Drop Extravaganza. C’est ce désaccord, réaffirmé à plusieurs reprises, qui aurait selon lui précipité son licenciement fin 2016.

Alors, licenciement pour insubordination ou “mesure de rétorsion liée à son trop grand respect du droit” ? C’est à cette question que devra répondre ce mardi la juridiction d’appel. Et la poker room de Guy Laliberté dans tout ça ? De toute évidence, le changement d’interlocuteur n’a pas permis de faire avancer le projet. Le milliardaire a de toute façon d’autres chats à fouetter. Au printemps dernier, il assurait envisager la possibilité d’un retour aux manettes du Cirque du Soleil dans un contexte de grandes difficultés financières pour le groupe. Un mois plus tard, le Journal de Montréal émettait pourtant l’hypothèse d’une “réduction de son train de vie” suite à une série de “mauvais investissements“. Ne vous inquiétez pas trop pour lui tout de même : aux dernières nouvelles, le plus gros perdant de l’histoire du poker en ligne disposerait encore d’un bas de laine de 1,2 milliard de dollars.

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